Les étapes du parcours de Christian :

Avant d’embrasser la carrière d’expert en recherche de cause d’incendie, Christian OUERTAL a eu plusieurs vies : militaire sous contrat, différentes fonctions dans le groupe CARREFOUR et dans le secteur de la domotique ou encore Expert matériel, marchandise et Perte financière.

« Je suis arrivé dans le métier de la recherche de cause d’incendie un peu par hasard, et  je ne le regrette pas. Mon métier est devenu une passion. »

Les éléments / évènements qui l’ont amené sur la voie cette spécialité d’expertise :

La rencontre avec un expert judiciaire a fait basculer la vie professionnelle de Christian puisque c’est lui qui

l’a incité à poursuivre dans la recherche de cause.

« Je suis rentré dans le monde de l’expertise incendie par hasard. J’étais jeune expert lorsque j’ai rencontré durant une expertise d’incendie un expert judiciaire hors pair. Après lecture de  mon rapport quant aux causes de l’incendie, celui-ci m’a encouragé et m’a fortement incité à poursuivre dans cette spécialité. Pour lui, je disposais de nombreuses qualités pour y être performant. Cet expert judiciaire reste ma référence, encore aujourd’hui. »

Que dire à un expert souhaitant suivre le même parcours ? 

L’expertise en recherche de cause, est avant tout un métier de passion. La pertinence des recherches se peaufine au fur et à mesure des expériences. Ce métier demande d’être à la fois, particulièrement observateur, et d’être un bon analyste. La difficulté réside dans la capacité de relier les observations entre elles, et de bâtir des scénaris de l’incendie, qui intègrent l’ensemble des conséquences.  Il faut en fait déterminer le point d’origine de l’incendie en remontant le temps. Chaque stigmate, ou son absence, raconte l’histoire de l’incendie. cette logique inversée reste compliquée et n’est pas simple à acquérir.

« Pour réussir dans ce métier, les formations dispensées sont excellentes, mais la formation ne fait pas tout. Le profil technique et la capacité d’analyse du candidat sont essentiels. Avoir un esprit curieux, ouvert, et persévérant, reste des qualités essentielles. De la même façon qu’un inspecteur de police : l’expert doit être à l’écoute, observer et  analyser en permanence les éléments qu’il constate. Son travail consiste à relever, et étudier les moindres détails, afin d’en déduire, une hypothèse logique, et de déterminer l’origine et les causes de l’incendie. De la même façon qu’un inspecteur démasque un coupable. »

Et quelles compétences et qualités doit il avoir et exploiter pour réussir dans ce domaine ?

  • Une expérience technique la plus variée possible
  • Une certaine maturité : l’expert doit être un conseil sur la stratégie à appliquer dans le dossier, en accord avec son mandant.
  • Etre très ouvert d’esprit
  • Avoir une bonne, voire excellente mémoire photographique
  • Savoir observer, écouter, et avoir une certaine indépendance d’esprit.
  • Savoir Communiquer, et être pédagogue dans ses explications
  • Maîtriser et comprendre la réglementation,
  • Avoir de bonne notion de physique et chimie, ainsi qu’en mécanique des fluides (flux ventilatoire).
  • L’envie d’apprendre en permanence. Un expert doit continuer à se former : par ses lectures, par un suivi de la réglementation, et par l’évolution des nouvelles techniques d’investigations.

Quels ont été les événements les plus marquants dans votre carrière professionnelle ?

«Un sinistre qui m’a donné du fil à retordre, si on peut le dire ainsi, est un incendie qui a détruit le 3ème étage d’un château. Les premiers intervenants ne comprenaient pas le patron des destructions. En effet, le 3eme étage était détruit, mais la cuisine du RDC avait subit de léger dommage, et 2 chambres situées au 1er et 2eme étage étaient totalement détruites. Le reste des pièces n’avaient pas subies de dégradations.

Après une visite des lieux, suivi d’une étude approfondie et minutieuse des photos réalisées, l’origine a été identifiée : Un câble électrique (installé depuis plusieurs années), plaqué sur la face interne de l’âtre de la  cheminée n’avait pas résisté à la température de la cheminée beaucoup plus utilisée en période de grand froid hivernal, alors qu’elle n’avait pas subit de dommage durant les 3 hivers précédant. Ce câble débouchait dans une gaine technique qui au travers des différents planchers remontait jusqu’au combe du château.

L’isolant du câble en brulant, a  généré un dégagement de gaz chaud qui a provoqué la combustion d’un meuble bois en appuis sur le mur de la cheminé au RDC. Les vapeurs de pyrolyse et fumées se sont ensuite accumulées dans la gaine technique présente au dessus du meuble. Ces fumées ont détruit 3 planchers bois  avant de déboucher dans les combles. Lorsque la structure en bois de la charpente a atteint sa chaleur d’auto-combustion : l’embrasement de la couverture a été instantané. Seul ce scénario  expliquait la destruction totale du 3ème et très limité des cuisines, ainsi que des 2 chambres des 1er et 2eme étages. »

Quels mots utiliser pour définir ce métier ?

  • Passion
  • Observation
  • Ténacité
  • Rigueur
  • Ecoute
  • Réflexion
  • Communication

Comment définiriez-vous votre travail à un public « non spécialiste » ?

« Nous pourrions faire un parallèle avec une enquête de police. Dans notre métier, le coupable serait la cause de l’incendie et nous étudions sur place, les stigmates, et les témoignages.

 Tout comme la police scientifique, nous avons également des outils complémentaires : les photos, les caméras 3D, les tests en laboratoire, les enregistrements pour figer la situation et ainsi trouver de nouveaux détails post découverte de l’incendie, ou encore la chromatographie. Grâce à ces éléments, nous allons pouvoir remonter le fil du temps, déterminer ce qui s’est réellement passé au cours de cet incendie, et de ce fait déterminer le coupable. »

  • Pour l’assureur : les experts interviennent en tant que conseil technique, ils établissent au fil des dossiers une relation de confiance avec lui, ils doivent :
    • déterminer si la cause est accidentelle ou non accidentelle
    • expliquer son origine et comment celle-ci a engendré de telles conséquences
    • Déterminer si un recours doit être recherché
    • Vérifier si la réglementation a été respecté
  • Pour l’assuré :
    • « L’importance de notre réponse est cruciale parfois vitale pour l’assuré qui souhaite comprendre ce qui s’est passé dans sa maison, son commerce etc. »
    • L’expert peut être une source de conseil, mais en aucun cas , il ne doit définir dans le détail les améliorations à effectuer. Sa responsabilité pourrait être recherchée dans le cas d’un sinistre ultérieur. C’est à un cabinet conseil, d’architecte ou d’ingéniérie de définir et réaliser les améliorations.
  • Expertise judiciaire:
    • «Dans ces expertises, nous devons tout d’abord analyser, déterminer l’origine du sinistre, et informer notre mandant. Lors des investigations, nous devons confronter notre analyse à celle de l’expert judiciaire et des parties tiers. Lors de ces expertises, les compétences techniques, ainsi que la connaissance de la réglementation peuvent être essentielle pour défendre les intérêts de nos mandants, ou de définir les notions d’aggravations de plus en plus présentes dans les dossiers.
  • Pour les forces de police :
    • « En tant qu’experts, nous pouvons être amenés à communiquer nos rapport à la police, décrire et expliquer le déroulement de l’incendie. Nous pouvons de même être questionner sur un point technique. Mais nous ne devons pas interférer dans les procédures qui restent du seul ressort des enquêteurs de police ou de gendarmerie ».
  • Evolution du métier:
    • « Dans le futur, je pense qu’une vraie synergie devrait se créer afin d’offrir une offre structurée à nos clients et nous permettrait ainsi d’augmenter notre panel de compétences. »

Comment se déroule une recherche de cause en incendie ?

  1. Identifier la zone de départ
  • Après avoir inspecté tous les locaux, l’expert va déterminer la pièce de départ de l’incendie.
  • L’expert va analyser le fonctionnement ventilatoire de l’incendie, en fonction de la structure du bâtiment.
  • Cette opération est complexe, car l’expert va devoir interpréter les stigmates laissés par le feu.
  • Ces stigmates varient en fonction du type de support endommagé : oxydation, combustion, suie, désagrégation, peintures consumées etc. Ces différents stigmates sont les pièces d’un puzzle géant que l’expert doit assembler pour comprendre la cinématique de l’incendie
  1. Définir le point de départ
  • Une fois le volume de départ identifié, l’expert doit identifier le point de départ de l’incendie.
  • En fonction des stigmates encore présents, il reconstitue les lieux en utilisant les marquages au sol, ou sur les murs. Il repositionne les mobiliers endommagés, et défini le sens des impacts thermiques.
  • Une fois le point de départ identifié, il doit déterminer l’origine de l’incendie.
  1. Définir les causes de l’incendie

Est-ce une cause naturelle ? Une cause liée à une faute humaine ? Une cause criminelle ?

« Pour définir cette cause, l’expert doit avoir une double casquette :

  • expert technique: utiliser ses compétences et ses acquis,
  • Expert incendie: utiliser son expérience ; a-t ’il déjà rencontré ce schéma d’incendie? Existe-t-ils des similitudes avec d’autres cas? etc.. »

Pour un sinistre matériel, le raisonnement est légèrement différent. L’expert doit, noter les différentes interactions techniques qui ont pu causer ce sinistre : il se doit d’avoir un regard très rigoureux, pour n’écarter, ni omettre aucune piste:

«  Lorsque vous intervenez sur un sillo détruit, vous devez analyser tous les aspects fonctionnels de la machine susceptible d’avoir entrainé le bris de celle-ci ou un incendie : la vitesse était-elle adaptée pour ce type de vis sans fin, a quelle température les roulement ou palier sont ils soumis, la vitesse angulaire de la vis est elle adaptée, un point d’échauffement a t’il pu être généré. Pour toutes ces investigations, l’expérience reste un réel atout. »

Au fil des années, notre analyse s’est professionnalisée, nous savons où chercher, où regarder et quoi chercher. Le gain de temps et – de ce fait  –  de productivité se fait ressentir. Ainsi, il faudra plus de temps à une personne non spécialisée pour détecter les indices en lien avec la cause de l’incident.

Un expert spécialisé, au bout de quelques minutes aura identifié les points singuliers et appréhendé l’incendie.

Il concentrera alors sa recherche sur l’origine de l’incendie.

La spécialisation dans ce domaine, développe l’observation, l’analyse, et la modélisation du scénario de l’incendie, ce qui permet de déterminer les causes de l’incendie.

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